Star Wars - Une traduction très lointaine, épisode I

Article publié par Dark Reivilo (lu 1 043 fois)

Cela fait un petit moment déjà que l'HoloNet n'a pas traité le fond du problème de la traduction. Parfois, certains d'entre nous en parlent avec le désir de vous écrire un petit article. En voilà enfin un parmi plusieurs thèmes. Servons-nous de cette petite accroche pour vous ramener doucement à la réalité. La traduction française a ses particularités quand il s'agit de Star Wars. Qui n'a jamais entendu parler d'Alderande, du Millenium Condor, et d'un Sabrolaser ? Ou bien lu une fois FurtiX et une autre fois StealthX ? Ou même vu se côtoyer dans sa bibliothèque des Dark Vador et des Darth Vader, et je ne sais quel nom non traduit ?

Tout cela concerne la traduction ? Doit-on traduire en conservant les noms originaux ? À quel moment peut-ton traduire un nom ou un concept ? Que faire de la révision des traductions comme le Trandoshen qui devient Trandosheen puis Trandoshan pour revenir en Trandosien ? L'équipe pourrait vous en parler pendant des heures durant, car le sujet ne manque pas d'intérêt. Et elle le fera un jour, croyez-nous. Pour le moment, cet article va vous parler d'un autre genre de « problème » que pose la traduction en français des œuvres Star Wars. Ce problème a refait surface l'année dernière avec la découverte de la version française du roman jeunesse « Monde Rebelle 02 — Le piège ». Ce dernier ampute le livre d'origine de nombreuses pages. Mais ce n'est pas le premier, bien qu'il se fasse prendre par nous autres francophones. Et parfois, ce sont de brefs passages, presque imperceptibles pour l'œil francophone, qui subissent amputation ou métamorphose sous le clavier azerty du traducteur. Voyons, en s'attardant particulièrement à d'anciens romans, les traces d'anciennes réécritures de l'univers Star Wars. Pour cela, nous nous arrêterons particulièrement pour chaque exemple à la Trilogie Han Solo (maîtrisée par l'auteur), agrémentée de quelques autres romans.

Comment ça, vous n'avez jamais entendu parler du Millenium Condor ?

Avant d'aller plus loin, quelques précisions méthodologiques. Afin que vous puissiez vérifier par vous-mêmes, si vous préférez le constater de vos propres yeux, chaque exemple sera bien sûr référencé par le titre, le chapitre et la page pour la version française éditée chez Fleuve Noir/Pocket.

La suite de cet article sera divisée en trois parties concernant le problème de la traduction. Le premier est celui de l'ajout de terme inexistant dans l'univers de Star Wars tandis que le deuxième concerne le changement de terme original en différentes variantes plus ou moins pertinentes au sein d'une même œuvre. Pour finir, le problème que nous avons soulevé plus haut, celui de la perte d'une partie d'une histoire.

L'HoloNet tient également à préciser que cet article n'a pas pour but de rabaisser le travail de traducteur, ou quoi que ce soit du genre, mais uniquement de pointer du doigt un problème que nous pouvons juger surprenant et non avenu afin de vous informer, vous lecteur, et éventuellement vous faire réfléchir à la question épineuse de la traduction.

 

La transformation de l'univers

Commençons cette petite exploration des affres de la traduction par des cas insidieux. Lorsque nous lisons un roman, nous tiquons lorsque nous lisons Bob Dengar (La guerre des Chasseurs de primes 3, chapitre 18, p. 290), Allan pour Allana (Faucon Millenium, Chapitre 22, p. 277) ou encore Bobba Fett (Faucon Millenium, Chapitre 10, p. 112) par exemple. Il s'agit dans ces cas-là d'erreurs de frappe qui n'ont pas pour intention de renommer les personnages de l'univers. Mais parfois, des noms surgissent de nulle part pour enrichir, au-delà de ce que nous propose l'auteur, l'univers.

Commençons par parler de Bozo le Bothan. Si quelqu'un se demande de qui il s'agit, j'invite le lecteur à regarder Le Gambit du Hutt (chapitre 13, page 246) :

« Et là, que ferons-nous ? demanda un Bothan. On les invite à boire un coup ?

_ Sois sérieux, Bozo. Il n'est jamais drôle de battre en retraite.... Mais il faudra agir comme si vous aviez peur, pas comme si vous obéissiez à des instructions. Nous voulons qu'ils nous suivent, compris ? »

La majuscule à Bozo nous indique bien que Mako s'adresse à un dénommé Bozo, et non à un bozo (une personne incompétente et non un clown). Or dans la version originale, il est dit :

« "So what do we do?" yelled one wag--a Bothan. “Hang around and invite them over for a drink?”

Mako glared at his heckler.

“Get serious, clown. What we're tellin' you to do is to fall back, but do it like it was your own idea, not following orders. Turn tail and run like terror-stricken rabble, that's just fine. We want them to chase you. Got that ?” »

Soit :

« Et là, que ferons-nous ? demanda un Bothan. On les invite à boire un coup ?

_ Soit sérieux, idiot [clown]. Ce que nous vous disons c'est de faire marche arrière, mais faites-le comme s'il s'agissait de votre propre idée et non d'un ordre. Faites demi-tour et fuyez comme si vous étiez terrorisé, c'est suffisant. Nous voulons qu'ils nous prennent en chasse. Compris ? »

Ce passage montre deux choses. La première concerne Bozo. Bozo n'est pas repris avec une malheureuse majuscule dans la traduction puisque le terme anglais n'apparaît pas (et clown est différent de bozo au sens littéral). La traduction nous offre donc un nouveau nom de personnage inconnu de nos amis anglophones. La seconde concerne la disparition d'une phrase dans le texte français, symptôme que nous retrouvons à différents endroits du texte. Si de ce côté si cela n'est pas grave en soi, nous verrons plus loin que cette pratique entraîne parfois une perte d'information.

Pour illustrer ce propos et montrer qu'il ne s'agit pas d'une erreur orpheline dans ce roman, voici deux autres exemples.

« Dans sa ceinture, Yan trouva un initiateur Alpha, une arme à courte portée très efficace. » (Le Gambit du Hutt, Chapitre 2, page 43). À l'origine : « Shoved into his belt, covered by his tunic, was a sleep-inducer. À short-range weapon, but very effective. » Soit en français : « Dans sa ceinture, recouverte par sa tunique, se trouvait un inducteur de sommeil. Une arme à courte portée très efficace. » Nous voyons alors que l'initiateur Alpha n'est pas le nom de l'arme puisqu'il s'agit d'un inducteur de sommeil.

Afin de montrer qu'il ne s'agit pas d'une erreur spécifique à ces romans, nous pouvons prendre l'exemple des FurtiX. L'œuvre originale et la traduction ne donnent pas les mêmes propriétés au Tibanna X, changeant la durée, milliseconde en microseconde, qu'il lui faut pour devenir noir et donc invisible dans l'espace, modifiant de ce fait la capacité du vaisseau (L'Héritage de la Force 3, Chapitre 2, p. 52).

Ce premier type d'erreur est important. Il trahit à sa manière l'intention de l'auteur en nommant des choses que l'auteur a préférées ne pas nommer. Cela veut dire que l'œuvre de l'artiste est défigurée à son insu, que la traduction passe outre le travail de l'auteur pour fournir sa propre vision de l'univers, peuplé de choses inexistantes. Une traduction ne peut certes pas traduire mot pour mot un texte et il faut l'adapter. Mais une bonne traduction, là où se trouve une difficulté dans le texte d'origine (ce qui n'est pas forcément le cas ici), doit préserver le sens du texte aussi bien dans son vocabulaire que dans les intentions de l'auteur. Nous pourrions dire qu'ici, ce critère n'est pas respecté et le traducteur nous offre par endroit un similipastiche plutôt qu'une honnête traduction comme est en droit de s'attendre un lecteur francophone en général.

Il existe, dans ces romans en particulier, mais probablement dans d'autres si nous poussions les comparaisons entre chaque roman et sa traduction, d'autres cas tout aussi inexplicable. Dael Levare a une amie fan de swoop du doux nom de Sule Belops (Le coup du Paradis, Chapitre 13, p. 261) et Salla Zend boit du Mad Merlf (Le Gambit du Hutt, chapitre 8, p.178). Or, dans les versions originales, l'ami se nomme Sulen Belos et la boisson de Salla un Mad Mrelf (et plusieurs autres changements rien que dans la Trilogie d'Ann C. Crispin). Ici rien n'est ajouté, le sens est conservé, mais l'univers s'en retrouve modifié de manière inexplicable. Pourquoi avoir changé ces noms en particulier ? Nous ne sommes pas ici dans une traduction erronée comme Étoile Noire, mais plus un changement du gabarit d'Alderande (Alderaan) et Zakel (Zakuul en VO). La critique précédente peut être faite, même s'il s'agit d'un degré moindre puisque rien n'est ajouté. Mais cela reste une déformation qui, d'un certain point de vue, n'a ni raison ni pertinence. Nous dédouanons ici les exemples fournis en comparaison, Alderande venant d'une traduction de l'Épisode IV qui mériterait un article pour elle seule, et Zakel provient de Bioware lui-même puisqu'intégrée dans le jeu The Old Republic. Cela donne une nouvelle perspective sans expliquer pour autant ce qui nous semble dans le problème soulevé dans cette partie de l'article, inexplicable.

À travers ces exemples, qui ne regroupent pas toutes les erreurs qui sont trouvables dans les romans en général et parfois ailleurs, mais illustrent le problème, nous pouvons constater que la traduction ne pêche pas par zèle et que certains termes sont inventés dans la traduction française. La qualité est là, par un rendu agréable du roman en français, la trame de l'histoire est fidèle (heureusement !) et il n'y a pas de véritable contresens. Mais au-delà de cela, la traduction se permet certaines libertés d'invention, qui n'ont pas leur place dans une traduction de genre, puisqu'il ne s'agit pas de terme dont le sens ferait débat pour la traduction. En cela, le texte d'origine est trahi en faisant apparaître ce qui ne s'y trouve pas. Ceci se ressent par la seule insulte Chiss connue par Jag Fel : Moactan teel [Les Vestiges de l'Empire, Partie 1, p. 90-91]. En ces termes, cela signifie « fair-haired » (blond), ce à quoi Jaina lui rétorquera peu après « Are you apologizing for the insult to my own hair color, or the lameness of the insult itself? » (T'excuses-tu d'insulter ma propre couleur de cheveux, ou pour la nullité de ton insulte ?) ; soit en français : « Tu t'excuses parce que je suis blonde ou parce que ton insulte est lamentable ? », alors qu'en aucun cas, Jaina fut un jour blonde.

 

La multiplication des noms

Nous venons d'aborder la transformation de l'univers par un changement ou un rajout par rapport au texte original. Mais il y a une autre liberté de la traduction qui complique ce qui est simple. Le problème est : que faire quand une chose n'existe pas et qu'il faut lui donner un nom ? La réponse : « on fait comme on veut/peut, mais surtout, on ne garde pas les traductions qui fonctionnent ». Le lecteur assidu du site commence peut-être à voir où nous voulons en venir, le problème ayant déjà été mentionné dans plusieurs fiches. Nous réutiliserons ici le cas évoqué dans la fiche du « vine-coffee », car l'exemple est parfait dans ce contexte.

Le vine-coffeine pourrait être traduit par café de vigne (coffee = café et vine = vigne). Dans nos contrées nous associons la vigne au raisin et donc au vin, mais ce nom est également donné plus largement à différentes plantes. La taxonomie starwarsienne n'est pas claire en français.

Pour cet exemple, un problème en VO demeure sur l'ensemble des œuvres, la distinction claire et distincte du vine-coffeine et du vine-coffee. Mais là, je vous renvoie aux fiches concernées si vous voulez y voir plus clair. Car cela ne gêne en rien le problème soulevé ici.

Prenons une fois de plus la Trilogie Han Solo, l'un après l'autre.

« Les autres membres de la famille [Tharen] sirotaient un vin hors de prix dans de minuscules coupes en porcelaine. » [Le Coup du Paradis, chapitre 13 p. 255.]

« her family gathered around the table and sipped expensive vine-coffeine from fragile Levier made porcelain cups » (sa famille se tenait autour de la table et sirotait un vine-cofeeine hors de prix dans de fragiles tasses de porcelaine façonné par Levier ».

Nous avons ici du vin (et au passage la disparition de la mention de l'artisan Levier).

« Son visage avenant, à la peau couleur de vin, était parfaitement rasé » (Le Gambit du Hutt, chapitre 6, p. 130)

« […] dark eyes, and skin the color of vine-coffeine lightened with traladon milk. » ([…] des yeux noirs, et sa peau avait la couleur du vine-coffeine au lait de traladon).

Nous avons ici aussi du vin. Notons le reste de la traduction assez libre. Or, le problème ici c'est que nous parlons de Lando Calrissian qui a plus une couleur de peau café au lait que Côte du Rhône ou Vin jaune du Jura. La traduction pêche alors en retombant dans le problème mentionné dans la partie précédente. Mais au moins, nous gardons une traduction cohérente du terme « vine-coffeine ». Il semblerait alors qu'il fut choisi de préserver la cohérence du terme à la pertinence du propos. C'est un principe défendable dans certains cas et qui, s'il peut sembler étrange ici, s'avère parfois efficace et cohérent. Mais cela est sans compter sur le troisième livre.

Winter, m'accompagneriez-vous au bar prendre un café ? (L'Aube de la Rébellion, Chapitre 2, p. 32)

« Winter, would you like to go over to the bar and get a cup of vinecoffeine? » (Winter, m'accompagneriez-vous au bar prendre une tasse de vine-coffeine ? »)

Nous perdons ici la cohérence de la traduction du terme puisque nous passons du vin au café, tout en obtenant une cohérence du propos. Il semble plus judicieux de prendre du café que du vin dans une tasse, surtout lorsqu'on y rajoute du lait. Si vous n'êtes pas convaincu, buvez une tasse de Saint-Emilion avec son nuage de lait lors d'un repas de famille ou au restaurant, vous verrez. Et ne dites pas qu'il s'agit d'un autre univers, nous ne sommes pas si différents d'eux. Si nous oublions la plaisanterie, nous changeons de ligne éditoriale et retirant la cohérence de traduction (un terme = une traduction), pour passer à une cohérence du propos. Ce changement fortuit n'a pas d'explication aux yeux du lecteur même si elle est préférable.

Mais concrètement, qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'en France, nous avons pour une même chose deux dénominations faisant référence à deux choses totalement différentes. Je rajouterais que, d'après la maison d'édition, il s'agit du même traducteur. La traduction est alors désordonnée au nez et à la barbe du lecteur (même celui qui comme Lando a le visage aviné et rasé). Avouons-le, la dénomination en vin peut alerter le lecteur sur le problème, alors pourquoi pas les personnes en charge de la traduction et de la relecture ? Il y a donc un couac dans la traduction par un changement de point de vue et de manière de faire. Serait-ce justement que le problème a fini par être remarqué ? Cela aurait pu l'être dès le deuxième tome qui se révèle le plus problématique. Si la correction avait été faite dès la mention concernant Lando, rien ne nous aurait alertés dans la traduction du terme. Ou pour garder la cohérence interne de la traduction, parler de verre de vin pour Bria et Winter.

Il est vrai que traduire un terme n'est pas forcément aisée. Mais en général, dans l'univers de Star Wars, il s'agit généralement d'objet comme le vine-coffeine qui peuvent être remplacé par une adaptation française comme café de vigne ou pour simplifier (même si on perd une notion importante caractérisant la plante) de café. Le « stim-tea » peut bien être facilement traduit par « stim-thé » ou simplement en thé même si l'on perd la notion de stimulant qui, bien que pouvant se référer à des substances nocive (puisque consommé par des hors-la-loi contrebandiers et pirates), ne l'est en aucun cas puisque consommé par des adolescents responsables (Vima Sunrider dans Redemption). Une traduction précise de « stim-thé » se fait plus précise quant au sens du mot. Les raccourcis de traduction ne sont donc pas nécessaires. Nous n'avons pas affaire dans Star Wars à des concepts compliqués ou impossibles à correctement traduire sans périphrase ou terme ne voulant rien dire, comme c'est le cas dans d'autres domaines littéraires ; si ce n'est à quelque exception près venant des cultures starwarsienne comme le Aay'han des mandaloriens.

Le constat fait à l'aide de ces exemples soulève une inquiétude légitime. Puisqu'en fonction de l'humeur du traducteur ou de la maison d'édition un terme peut changer, à quoi avons-nous affaire quand nous lisons ? Est-ce que le brufle est un animal d'Alderaan ou non ? Peut-on le croiser dans un autre roman ou non puisqu'il n'aura peut-être pas le même nom ? Et du coup en ouvrant un ancien roman, le sabrolaser serait bien qu'une erreur de traduction venant d'un laxisme digne de celui de l'Épisode IV, ou est-ce bien une arme différente ? [Alors les réponses sont ici : non, oui, oui pour les lecteurs curieux]. Avec ce genre de variante d'un même terme, l'univers se retrouve déformé, incohérent par moment. Il perd dans sa structure une cohérence et une unicité (dans ces exemples, les individus boivent tous la même chose, donc ont des goûts similaires et répandus dans la galaxie ; au lieu de boire des boissons spécifiques plus ou moins géolocalisées). Ne fermez pas tout de suite votre roman en français pour cette raison, la version originale n'épargne parfois pas non plus le lecteur dans certains cas en mentionnant d'elle-même (par le biais d'auteurs différents) une chose avec des termes différents (exemple : l'Espace Bothan désigné comme Bothan Space ou Bothan Sector ; ou Monument Plaza changeant en Monument Park).

Pour en terminer avec ce propos, et l'exemple du café, regardons du côté du roman Les Enfants du Jedi :

« On pouvait voir les plates-formes de caféier glisser le long de leurs rails » (Chapitre 5, p.99)

« Above them, the gondola beds of vine-coffee moved along their tracks, »

Le vine-coffee est lui bien traduit par caféier. Ailleurs, il est fait mention de production vinicole, vinicole pour la vigne ! « They keep pretty tight security there because of the vine-coffee and vine-silk » soit selon la VF : « Les consignes de sécurité y sont extrêmement strictes pour protéger les exploitations vinicoles et la production de soie. », provenant certainement d'une confusion entre vinicole (relatif au vin) et viticole (relatif à la vigne). Caféier, lui, évite la confusion avec le vin, ce que ne fais pas le terme vinicole (notons que « production de soie » contourne la difficulté de la vigne de soie). Et nous retombons dans le même travers que susmentionné mais cette fois-ci au sein d'une même œuvre

Nous espérons que cet exemple est assez parlant pour vous montrer l'étendue de ce problème qui survient parfois dans les romans en VF. Un concept en VO devient une pluralité de concept en VF brisant par là même une cohérence et le sens du texte

Si vous en êtes convaincu, vous pouvez passer au troisième et dernier problème que veut pointer cet article. Et si vous ne l'êtes toujours pas, *geste de la main façon Obi-Wan*, ce n'est pas cet article que vous recherchez.

 

L'appauvrissement de l'univers

Nous avons vu que la traduction française se permet parfois certaines libertés en inventant de nouvelles choses ou en rendant confus le propos traduit par des termes variant. Ce qui a pour effet d'enrichir non officiellement notre univers Star Wars francophone. Mais parfois, la traduction fait simplement l'inverse en faisant l'impasse sur une partie du contenu du livre. C'est ce qui nous a servi d'accroche lors de l'introduction de notre propos. Mais observons ce qu'il en est du côté de la continuité qui nous intéresse ici.

Prenons par exemple la description initiale de Durga le Hutt dans la Trilogie Han Solo (quand le personnage est présenté dans le livre, sinon le Sabre Noir a été publié précédemment). Il est dit :

« Une tâche de naissance s'étalait sur son front et son œil. Les autres Hutts avaient demandé qu'Aruk écrase le nouveau-né, disant que la marque affaiblirait le petit. D'anciennes légendes parlaient de mauvais présages... » [Le Gambit du Hutt, chapitre 3, p. 73]

Ou, en anglais :

« When Durga was born, all the other Hutts urged Aruk to roll over on the helpless newborn, smothering him, because of the dark birthmark that spread like a foul liquid from his forehead down over one eye and cheek.

They said that such a marred countenance would make the youngster socially unacceptable, and speculated that he would be feebleminded all his life.

Ancient tales mentioned that such birthmarks were supposed to be omens of disaster, and the elder Hutts predicted all sorts of terrible things should Durga be allowed to survive. »

(« Quand Durga était né, tous les autres Hutts poussèrent Aruk à rouler sur le nouveau-né défavorisé et l'étouffer, parce qu'une marque de naissance sombre se répandait comme un liquide de son front à un œil et une joue.

Ils disaient qu'un visage marqué le rendrait socialement inadapté et supposaient que cela le rendrait faible toute sa vie. D'anciennes légendes racontaient que ces marques de naissance étaient un mauvais présage et les anciens Hutts prédirent que toutes sortes de mauvaises choses arriveraient si Durga survivait. »)

La description française passe à la trappe une partie du contenu anglais. Elle enlève une profondeur dans la description de la culture Hutt et de leur superstition. Certes, le contenu global est là, mais nous pouvons constater un manquement d'informations qui, s'il n'est pas préjudiciable ici pour tout connaître de l'univers de Star Wars, peut l'être dans d'autres cas. Voici pour cela un exemple mineur, mais qui répété un grand nombre de fois, nous prive de contenu.

Jusque-là disons que nous chipotons. Nous pouvons le concéder si cela ne vous pose pas de soucis pour le moment. La traduction omet de petits détails, il n'y a pas mort de Jawa et pourrait se justifier avec un prétexte sur le style ou le rythme du livre. Il nous reste un exemple, celui qui fait écho à l'introduction de cet article. Au chapitre 13 de Le Coup du Paradis (p. 259) Han tente de vendre les biens volés de Teroenza à Galidon Okanor. Il est écrit :

« L'étape suivante était cruciale. Galidon Okanor était un très vieil homme qui vivait dans une des baraques pourries du port. C'était aussi un des meilleurs trafiquants d'antiquités de la galaxie. Les trésors de Teroenza le fascinèrent. Après d'âpres négociations, le compte de “Jenos Idanian” grossit de manière phénoménale. »

Vous voyez le problème ? Non ? Vous ne voyez pas ce qu'il manque ? Pourtant il s'agit de plus d'une page de description des lieux, d'Okanor et de la négociation de Han qui partent dans les méandres du doc word de la traduction. Ce passage disparu mentionne entre autres la ville de Kolene et le paledor pour la seule fois de l'univers, qui disparaissent alors comme si un Empire Galactique francophone était passé par là avec une Étoile Noire.

Une erreur de jeunesse, cela se pardonne. Un passage entier n'apparaît pas dans une vieille traduction, nous pouvons faire avec malgré les problèmes que cela pose. Mais nous en sommes dans cet article déjà à deux, de deux décennies différentes. Le problème de jeunesse se répète encore et il faudrait faire minutieusement et en détail le tour de plus d'une centaine de romans pour vérifier s'il n'y en a pas d'autres. Cela prend un temps que nous n'avons pas. Cela signifie qu'un lecteur français achète une traduction faite par un professionnel rémunéré et qu'il n'a pas la possibilité d'acquérir une restitution complète d'une œuvre (d'art). Le lecteur qui doit se contenter de cette version raccourcie est de ce fait lésé, son espérance d'acquérir une œuvre intégrale est fausse. Un écrivain a écrit le livre, y mettant probablement une partie de lui-même et pesant chaque mot, chaque passage pour retranscrire sa vision. Et en France, nous nous permettons pour des considérations non littéraires et artistiques, de retirer une partie de ce que l'auteur originel a jugé nécessaire à l'œuvre, se faisant alors juge de ce qui devait se trouver dans le livre par-delà le respect envers le matériel d'origine et son créateur. Là se trouve le problème fondamental que nous voulons soulever à travers ce propos en particulier et traité précédemment. Et si chaque problème doit avoir sa solution, nous ne sommes pas en mesure d'en fournir une ici.

Le problème de la traduction est vaste dans l'univers Star Wars, tout du moins quand il s'agit des romans francophones, sujet que nous avons pointé du doigt dans cet article. À travers quelques exemples de la Trilogie Yan Solo et d'autres quelque peu, plus récents, nous avons montré que la traduction peut souffrir de trois problèmes qui surgissent principalement lorsqu'il y a des termes et concepts propres à notre univers favori.

Que faire lorsqu'un concept ou plusieurs apparaissent et gênent la traduction ? Il y eut à une époque l'occultation de certains termes, allant jusqu'à priver l'univers francophone, de créatures, de vaisseau ou bien d'autres choses. Ou, quand cela s'y prêtait, de venir rajouter du néant de nouveaux éléments n'apparaissant nulle part ailleurs.

La traduction globale est, comme nous l'avons déjà dit en introduction, de bonne facture générale, agréable à lire si l'auteur d'origine l'est et un lecteur francophone ne peut voir le problème hormis quelques gaffes plus ou moins grosses qui sont dues à des erreurs de frappe ou à une phrase relue trop vite, ce qui arrive même aux meilleurs (« Le Consortium Zann de pirates utilisait les Sullustains comme des esclaves... » [Faucon Millenium, Chapitre 23, 315] n'a bien pas de sens, mais ce n'est qu'une phrase sur 440 pages par exemple). Saluons au passage, que certains traducteurs, lorsqu'ils sont confrontés à ce genre de situation, n'hésitent pas à entreprendre un véritable travail d'information pour fournir la traduction la plus exacte et pertinente des termes et concepts de Star Wars. Les traductions ne sont pas non plus à jeter, et les traducteurs ne doivent pas être à blâmer pour toutes les fautes.

Pour autant, la VF n'est pas à rejeter et l'article n'est là qu'à but informatif. Certaines personnes préfèrent lire un roman en français et il y a plusieurs raisons à cela : un niveau d'anglais encore insuffisant, une commodité de lecture ou un choix personnel autre. Star Wars HoloNet respecte le choix de chacun sur la langue de lecture qu'il choisit et nous n'incitons en rien à préférer une version ou une autre. Se contenter d'une version, c'est parfois passer à côté de quelque chose et notre travail c'est de vous le faire découvrir, de vous offrir une piste de réflexion, et vous laisser prendre le chemin que vous y voyez, si le cœur vous en dit.

Non mais vraiment, n'insistez pas, je vous dis que je n'ai jamais entendu parler du Millenium Condor, vous êtes lourd à la fin !




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