Star Wars - Une traduction très lointaine, épisode II

Article publié par Dark Reivilo (lu 647 fois)

Il a été annoncé, et repoussé, mais Star Wars HoloNet a le plaisir une fois de plus, de vous parler de la question de la traduction. Nous allons cette fois-ci revenir sur d’autres points que nous avions écartés la fois précédente. Cela veut dire que la lecture du premier article n’est pas nécessaire pour suivre le propos de celui-ci ; nous vous invitons toutefois à le (re)lire, cela fait toujours plaisir et ne coûte rien d’autre qu’un petit peu de temps.

Les questions qui vont se poser tout le long de notre réflexion sont celles de savoir quand et comment nous devons traduire ce qui est propre à Star Wars. Il s’agit de problématiques qui se posent dans de nombreuses œuvres, entre autres littéraires. Par exemple, pour rester grand public, « Bilbon Saquet de la Comté » ou encore un « Sorceleur » ne sont que des traductions de termes dont on peut se poser la question de la pertinence (sans nier qu’il y en a une) d’avoir « travestis les termes » (Bilbo Baggins from the Shire, Witcher).

Alors, qu’en est-il dans l’univers fictionnel de Star Wars ? Traduisons-nous tout ? De la même manière, ou au moins systématiquement ? Un lecteur habitué saura que ces questions ont une simple réponse, non, mais n’en demeurent pas moins pointues sur les motifs poussant à cela. À défaut d’être dans l’esprit de chacun, nous ferons donc un tour d’horizon de la question de la traduction des termes dans Star Wars en commençant d’abord par parler de l’exonymie, avant de montrer les limites, la pertinence et de la cohésion de celle-ci sur le sujet qui nous concerne. Nous terminerons par les efforts menés afin de contrer ces problèmes. Méthodologiquement, nous ne traiterons pas en profondeur les nombreux termes utilisés dans les films, en particulier La Guerre des Étoiles, car cela représenterait toute une histoire qui, peut-être un jour, vous sera contée.

Déjà à l’époque, la traduction s’adapte.

La traduction des noms propres, ou exonymie

Commençons nos errements par le point essentiel pour concevoir la traduction de termes comme Gravestone ou Trandoshan, sans oublier Coronet City. Derrière le terme bien étrange que celui d’exonymie se cache en réalité un concept simple utilisé par tous couramment. Il s’agit, pour ceux l’ignorant, de la pratique de la traduction de noms propres étrangers. C’est par exonymie que Roma devient Rome, Niccolò Machiavelli est Nicolas Machiavel ou Immanuel Kant, accrochez-vous bien, devient Emmanuel Kant. Cela est également valable dans l’autre sens, l’exonymie n’étant pas une spécificité française. Voilà le cadre est posé. Mais la question, dans le fond, reste parfois compliquée. À franciser les noms, nous en venons parfois à quelques erreurs. Beijing devient Pekin, par exemple, sans grande corrélation ou pertinence. Bon, disons qu’il s’agit des quelques exceptions qui confirment la règle.

Problème sitôt balayé qu’il tente de nous faire mordre la poussière. Nous traduisons les termes au plus proche, avec parfois quelques écarts. Mais si nous parlons bien de la ville de Francfort-sur-le-Main (en lieu et place de Frankfurt am Main), nous utilisons toujours le terme de New York pour la ville américaine. Tandis que les New Hampshire était appelé auparavant Nouveau-Hampshire, avant de céder sa place au terme anglo-saxon (pourtant la Toscane n’est pas redevenue la Toscana). Comme vous le voyez, à concept simple, application compliquée.

Cette difficulté est également présente dans l’univers de Star Wars, et perdure une fois passée par l’exonymie et même parfois des révisions, comme Alderaan qui passa par Aldorande et Aldérande (attention à devant qui vous employez ces derniers, certains sont susceptibles avec ces termes). La ville d’Anchorhead est devenue chez nous Anachore, quelques temps. D’où la question de la pertinence des termes. Cette dernière se pose déjà, vous l’aurez compris avec les dénominations de choses réelles, même si parfois cela se justifie au moins par une différence d’alphabet et de prononciation. Citons, juste pour le plaisir une ville russe, Vladivostok, que nous pourrions difficilement en France écrire Владивосто́к. Mais cessons de tergiverser avec la géographie, entrons dans le cœur de notre univers favori.

Passons à présent à la traduction des termes propres à Star Wars dans la littérature française. Que faire devant Death Star, Tusken, Coronet City ou même devant le brave Luke Skywalker ? Pour le Jedi, la réponse dépendra de votre affiliation dans la politique galactique. Pour le reste 3 options s’offrent aux traducteurs (en réalité mais bon, retirer des termes de la traduction et faire n’importe quoi n’est pas le sujet ici, rappelez-vous) : traduire, modifier et corriger avec le temps, laisser tel quel.

 

Option n°1 : la traduction

Prenons le cas numéro 1 : Ici on va parler simplement de la traduction de terme, c’est-à-dire prendre un terme anglais et le retranscrire d’une certaine façon en français. L’exemple type en serait Dark Vador. De son apparition en 1977 sur nos écrans à aujourd’hui, Dark Vador reste Dark Vador. Il s’agit de la traduction de Darth Vader, qui reste encore valable et identifiable en français. Et cette version fait foi sans avoir de débat et facilitant par ailleurs la prononciation du nom (contrairement aux catégories numéro 2 et 3).

Parfois, le choix du terme de traduction est discutable. Prenons par exemple des termes utilisés dans The Old Republic et ses extensions. Nos lecteurs assidus voient peut-être déjà de quoi je vais parler. Bien évidemment du Cénotaphe de Zakel ou plutôt The Gravestone of Zakuul. Ici, Cénotaphe vient traduire Gravestone, l’un étant un monument funéraire sans corps, l’autre une pierre tombale (le terme Cenotaph existant en anglais). L’un et l’autre n’ont pas exactement le même sens, même si ceux-ci gardent certains liens. Le choix de traduction a fait débat chez certains (dans l’équipe, vous n’imaginez même pas), alors qu’il n’était pas plus utile que cela. Finalement, avec toute l’histoire du vaisseau, Cénotaphe lui correspond peut-être mieux que Pierre Tombale puisque l’esprit de Zildrog s’y connecte, mais n’en fait pas entièrement partie. Mais venons-en au deuxième terme. Zakel. Ce dernier sans raison apparente vient remplacer Zakuul qui a été préféré par notre responsable de l’époque sur le site. En effet, le terme a été traduit alors qu’il ne renvoie à rien, ne nécessitant pas de traduction pour en restituer un sens comme pouvait le faire Cénotaphe avec Gravestone. Nous pouvons alors nous laisser à quelques hypothèses fantaisistes. Le nom est peut-être modifié en français pour éviter la censure des supporters de Huttball francophone trop zélés qui à la sortie d’un match aurait pu scander avec poésie « Zakuul, Zakuul on t’enc…. » (qui n’a pourtant rien à voir avec la prononciation correct du terme). Là où nous pouvons parfois blâmer d’ancienne traduction en se disant que l’époque était à la modification des noms (d’où la correction de certains, nous y viendrons juste après), il s’agit ici d’un terme de 2015 ou nous pouvons nous dire que la traduction starwarsienne a bien dû avoir un certain sérieux et une recherche de fidélité. Mais, quoi qu’il en coûte, certains termes font foi en VF, même si nous les discutons quant à leur intérêt et pertinence (je présente ainsi mes excuses à nos lecteurs qui lisent parfois des fiches traitants de la vie zakuulienne !).

Cas à part, le terme Death Star, lui, est un terme qui est à cheval avec la catégorie suivante. Il est souvent admis dans les traductions (jusqu’au nom du roman éponyme) que la Death Star de l’Épisode IV est l’Étoile Noire (tendez l’oreille, beaucoup de dents grincent), alors que la traduction est quand même hasardeuse. La traduction du terme a été revue pour parler d’Étoile de la Mort pour l’Épisode VI. L’astuce chez nous est alors de considérer qu’Étoile Noire serait une sorte de surnom de la première. Mais cela offre des moments inattendus, quand l’un des deux est employés dans le résumé de couverture de la bande dessinée Le Cristal de Kaiburr (édition Delcourt), et l’autre dans une bulle de la première page.

 

Option n°2 : la modification

Nous arrivons alors à la catégorie 2, qui est peut-être la plus sympathique. Nous pouvons parler de Tasken, de sabrolaser, Seigneur de la Sith d’un côté (2a), des FurtiX ou StealthX, limace k’lor ou klor’slug d’un autre (2b) et également des Trandoshans dans un autre registre (2c). Nous avons donc les noms qui ont été corrigés ultérieurement pour finir par disparaître, les termes qui se cherchent encore à la traduction et bien entendu le cas le plus compliqué, celui de la traduction qui évolue avec le temps avant de régresser de nouveau. Si on s’y amusait, nous pourrions énormément remplir ces catégories. Sachez pour l’exemple que Luke Skywalker, le fameux Jedi dont vous êtes devenu l’ami ou l’ennemi deux paragraphes plus tôt, fait partie de la première sous-catégorie. La novélisation, dans ses premières éditions, le nommait Luc Skywalker (on retrouve des traces de Luc Courleciel quelque part en vidéo, mais ce n’est pas la traduction que nous recherchons).

Luc Courleciel deviendra Luke Skywalker

La sous-catégorie 2a signifie qu’il s’agit de termes mal/abusivement traduits à l’époque de leur apparition dans la langue française. Si nous ouvrons les anciennes traductions de romans, nous verrons souvent le terme sabrolaser ou Tasken, etc. Certaines, comme le premier, sont une tentative de contracter en un mot le terme (dont on peut bien évidemment discuter la traduction elle-même), la seconde est issue d’une tentative inutile d’adaptation. Mais avec le temps et une forme de régularisation informelle des traductions, ces termes ont fini par disparaître et les sabres laser dans les sources actuelles ne souffrent plus de ces choix énigmatiques. Parfois s’amuse-t-on encore à les utiliser, surtout que Seigneur de la Sith n’est pas une aberration en soi pour discuter cette traduction. Si l’on considère les Sith comme une ancienne religion, ou philosophie, le terme peut alors trouver son sens comme on évoquerait un prêtre de la chrétienté, ou alors un Seigneur de la (philosophie/société/culture) Sith. Mais cela ne rend pas justice au terme anglais qui vise les personnes et non la pensée, c’est-à-dire Seigneur des Sith (individus) pour Lord of the Sith. Cette sous-catégorie est peut-être la moins intéressante (mais pas la moins amusante) du fait que les vieux termes obsolètes ont à présent disparu. Ils ont encore un sens dans une archéologie de la traduction française au chapitre La guerre des Étoiles. Pour le traiter en profondeur et au risque de faire catalogue, il nous faudrait un musée de la version française et un fouet laser.

Attardons-nous à présent à la sous-catégorie 2b à travers deux exemples pour montrer les enjeux d’une telle pratique. Parfois, les traducteurs consciencieux décident pour des raisons probantes de traduire des termes anglais afin d’être compréhensible de tous. Un anglophobe invétéré ne comprendra pas la spécificité du nom StealthX et la traduction nous donne FurtiX (Furti pour la Furtivité si même vous êtes un francophobe également). Le propos nous apparaît alors bien plus clair à nous lecteurs français. Le sens est restitué dans notre langue et intelligible. Mais soudain, le terme « parfait » se voit remplacé par le terme original qui revient à la charge comme une nouvelle norme, faisant faire machine arrière au processus intellectuel ayant poussé les traducteurs à adapter avec sérieux certains termes anglais. Il faut dire que ce terme traduit n’a survécu que le temps de la trilogie du Nid Obscur. Après concertation (merci), nous allons vous faire part d’un autre cas d’une grande logique. X-wing fut un temps traduit Aile-X, dans la même logique ; mais quand on retrouve Aile-X dans une série nommée X-wing, nous tombons dans une logique de cohérence absolue.

C’est également le cas avec la Limace K’lor. Cette dernière eut finalement le droit, vu son nombre ridicule d’apparitions auparavant, à une dénomination française. La K'lor'slug, pièce du Dejarik, est devenu la Limace K’lor, dans une logique d’adaptation pertinente au même titre que l’exemple précédent (Slug signifiant limace en anglais). Le terme français date de 2011 avec la sortie du jeu The Old Republic où nous pouvons les voir, les éliminer, en piller le butin, tourner autour, les prendre en photo, voir les œufs et les posséder en décoration de forteresse. Ainsi le terme s’est installé auprès du public francophone au fil des années. Une traduction pertinente dans une source pérenne, c’est tout ce qui est souhaitable. Surtout dans un nouvel élan moderne d’être raccord dans les traductions starwarsiennes avec une plus grande nomenclature de cette uniformisation informelle dont nous avons parlé. De cette considération, comme pour le FurtiX même si ce dernier n’a pas eu autant de temps pour s’ancrer dans les esprits, on est frappé par un retour arrière en lisant cette fois-ci Chevalier Errant qui vient également faire un bond dans le passé en utilisant K'lor'slug. Dans un cas comme sabrolaser ou Tasken, cela serait compréhensible avec un but de perfectionnement de l’adaptation, mais là, c’est reculer sur le progrès. Du moins d’un point de vue externe, donc celui du consommateur à la fois de jeu et de livre. Accordons le bénéfice du doute, un terme peut vite s’égarer dans la masse innombrable de termes traduits et traduisibles de l’univers, même si pour une fois, ce n’est pas un secret d’État.

La sous-catégorie 2c est celle qui va mettre un peu de piment, ou un peu de sel selon les goûts de chacun, en termes de concordance de traduction. Car si certaines font foi d’entrée de jeux, ou finissent par être remplacées, d’autres résistent encore et toujours à l’envahisseur. Nous avons évoqué pour cela les Trandoshans. Ces gentils reptiles amateurs de fourrure sont un cas éclairant dans ce qui peut être considéré comme la non-concordance des traductions dans l’espace et le temps, ou autrement dit au fil des années et des divers supports. Pour une meilleure compréhension de cas, voici une liste non exhaustive évidemment, mais suffisamment éclairante, où nous indiquons le support et l’année de la traduction. Nous avons : Trandoshan (Tout sur la Trilogie, 1998), Trandosiens (Galactic Battleground, 2001), Trandoshéen (La Guerre des Chasseurs de Primes, 2002), Trandoshiens (Republic Commando 1, 2006), Trandoshan (Les Nuits de Coruscant, 2012), Trandosien (Aux Confins de l’Empire, 2013), Trandoshéen/Tradoshéen (quand il y a une faute de frappe) (Force Rebelle 3, 2016), Trandoshan (Chevalier Errant, 2020). Nous constatons ici que si le terme original a été conservé (ce qui est une position se justifiant), parfois des tentatives d’adaptation ont eu lieu (aussi logique si l’on se réfère à la première partie de notre article). Toutes ces exonymies ont un sens et une forme de pertinence. Là où nous perdons en propos, c’est de changer constamment cette dernière. Nous sortons des cas précédents, puisqu’à chaque fois il est possible d’effacer l’ardoise pour découvrir possiblement un nouveau terme au risque de perdre un lecteur/joueur régulier, mais somme toute néophyte. Cette pratique de traduction est inadapté et inefficace dans une série d’œuvres interconnectées. Si un terme pertinent fonctionne en traduction, pourquoi le changer ? Et s’il ne l’est pas et qu’il est changé, alors pourquoi revenir à l’ancien ? Car nous parlons dans ces cas-là de nom, pas de concept à la signification complexe qui pourrait faire débat et accueillir ce genre de cas. Le Trandoshan, à défaut de vous apporter votre tapis en peau de Wookie, vous révèle qu’en au moins une vingtaine d’années, la cohérence et la logique globale de la traduction de l’univers Star Wars, n’a apparemment jamais été une priorité ou une inquiétude profonde dans le monde de l’édition, qu’elle soit littéraire ou vidéoludique.

 

Option n°3 : la non-traduction

Passons à présent au troisième et dernier cas que nous traiterons ici. Face à un terme spécifique, ou un nom en langue anglaise, il est également possible de ne pas chercher à le traduire. Généralement, les noms de planète font partie de cette catégorie. Le plus intéressant est souvent les vaisseaux. Certains bénéficient d’une traduction comme le Faucon Millenium, parfois non comme le Darkness de Dark Angral. À noter que les deux, malheureusement, ne sont souvent pas incompatibles. Excepté le Millenium Condor, le Faucon est dans ce cas puisqu’il est possible dans de rares sources de voir son nom en anglais (comme le reste des véhicules si on lit L’Empire Contre-Attaque, la version illustrée chez hachette).

Le cas des vaisseaux fait se poser une question très importante. Doit-on traduire le nom des vaisseaux ? Si oui, alors il faudrait le faire pour tous, et si non, également. Or, nous avons les deux profils au fil des sources, et parfois de la même. Car si certains romans tendent à appliquer ses règles pour eux-mêmes, à l’image de Complots qui ne conserve pour les vaisseaux que les noms originaux, d’autres mixent, comme Tempête. En effet, le Faucon Millenium côtoie des headhunters et StealthX... Ne pas traduire un nom de vaisseau permet de conserver son nom tel quel, comme nous conservons le nom des personnages, ou des planètes. Mais comme nous l’avons vu, adapter ces noms en français permet d’en saisir le sens. Les noms des destroyers de l’Empire ont tous une signification qui transmet parfois les valeurs guerrières et conquérantes (certains diront barbares) de l’Empire, qu’un anglophobe ne saisirait alors pas. Nous renvoyons à l’exemple du FurtiX pour la pertinence de certaines adaptations. Et ces choix ne correspondent pas à des règles de traduction qui serait de ne pas traduire un modèle (destroyer stellaire, X-wing), mais de n’adapter que l’appareil (Faucon Millenium, Le Fierté du Sénat, le Lady Luck, ah mince on coince déjà). Et pour vous rassurer (ou pas), cela n’est pas forcément clair dans d’autres œuvres spatiales autres que Star Wars. Pensons à L’Atlantis de ma jeunesse (au lieu de l’Arcadia) qui croise le Queen Emeraldas (et non pas le Reine Emeraldas), ou encore au Cuirassé de l’espace Yamato qui ne garde pas le terme japonais Senkan. Que dire également du Serenity, un cargo de classe Firefly qui n’a pas d’équivalent dans notre langue. Bref, ne faisons pas un catalogue interminable du Space opera  et disons-le simplement : il n’y a pas de norme de traduction en France pour cela. C’est à chaque support, à chaque éditeur et ligne éditoriale de s’adapter et de faire ses propres règles. Et là encore, Star Wars coince et pas de manière spécifique à un support puisque l’absence de règle est valable que l’on parle de la traduction littéraire ou de la localisation d’un jeu vidéo.

Comparatif de la version Dark Horse France et Delcourt de Les Ombres de l’Empire

Où allons-nous à présent ? À cette idée d’harmonie et de correspondance des termes. Afin d’éviter les incompréhensions et désaccords, les autorités gérant la licence auraient dû depuis bien longtemps garder un œil à son œuvre et donner des consignes claires sur la traduction. Après tout cela a été fait avec le roman L’Ancienne République — Alliance Fatale qui récupéra en réédition le terme The Old Republic. Et si aucune consigne n’était passée, pourquoi les différents diffuseurs de la licence n’ont pas décidé d’eux-mêmes d’être en accord, soit en se concertant, soit au moins en reprenant les bonnes adaptations des autres ? D’autant que cela ne concerne pas que quelques termes, mais bien de nombreux points, jusqu’au titre des œuvres elles-mêmes. Car après tout, même ici rien n’est cohérent. À de rares occasions, le titre du jeu est traduit (coucou Le Pouvoir de la Force) et certains romans font l’inverse (Bonjour True Colors). Pendant des dizaines d’années, les termes vont au gré du vent, faisant douter le lecteur et donnant parfois du fil à retordre aux encyclopédistes français. Et puisque nous parlons de titre, petite question subsidiaire pour vous lecteur : vaut-il mieux ne pas traduire un titre, ou en préférer une mauvaise traduction (ex : Choices of One devenant Choix Décisifs, Crucible devenant L’Ultime Épreuve) ?

Si nous en revenons à notre première partie et l’exonymie, il faut savoir que cela est codifié. On ne nomme pas au gré de nos envies les places étrangères. Il existe des tableaux d’équivalence pour nommer pays et habitant dans leur version française, le tout approuvé par les autorités dont on ne peut déroger jusqu’à changement de ces règles. Certaines œuvres finissent par avoir un consensus de termes à employer en français. Nous ne sommes pas en philosophie, pas besoin de débattre sur la pertinence ou non ou encore quel mot employer pour traduire le Dasein d’Heidegger (je vous épargne les détails de ces débats et le sens du terme dans sa philosophie au risque de perdre les derniers qui lisent encore l’article). Dans le vocabulaire starwarsien, les termes sont clairs, ni ambigus, ni polysémiques. Un lecteur est en droit, quand il se plonge dans ces œuvres (roman, bande dessinée, guide, etc.), d’attendre une traduction de qualité qui le conforte, sauf dans des cas particuliers que nous avons pu soulever, dans les termes. Anchorhead devient Anachore, il n’y a pas de raison que parfois elle redevient Anchorhead, tout comme Francfort reste chez nous Francfort et ne redevient pas Frankfurt au gré des envies. Ou alors il n’aurait jamais fallu le traduire tout comme la Berlinalexanderplatz chez nous, Coronet City dans Star Wars. Cela nous donne par ailleurs l’envie de soulever une mention spéciale, et particulièrement ridicule dans l’Atlas. Cette volonté de traduire Korriban en Moraband est une chose (bien douteuse, mais ce serait un débat houleux dans lequel nous risquerions de nous noyer, l’écume aux lèvres), mais le faire seulement la moitié du temps et le faire apparaître de manière aléatoire sur les cartes en est une autre. Pour perdre un lecteur peu attentif ou connaissant peu l’univers, c’est un boulevard aussi large que celui laissé par les Trandoshans, condensé en un seul livre.

L’harmonie des termes n’a donc pas eu lieu pendant fort longtemps, avec tous les dommages possibles et les possibilités dont nous avons déjà parlé. Et nous pouvons que le regretter sans rien pouvoir y faire. Nous ne dénigrons pas pour autant le travail qui avait été effectué à ces occasions. Après tout, traducteur est un métier, mais il ne faut pas oublier qu’il est également là pour s’adapter à son support et la traduction  peut parfois passer par l’adaptation. Mais tous ne sont pas allés à la même école. À nous de faire en sorte de raccorder les différents termes lorsqu’un lecteur curieux tombe sur une anomalie afin de le guider.

 

Vers une standardisation des traductions Star Wars ?

Pour finir sur cette idée, et garder le propos sur la fin, parlons d’une initiative de Pocket qui eut lieu récemment. La traduction a repris son importance et regagne ses lettres de noblesse. Des règles systématiques de traduction, ainsi qu’un glossaire des noms ont été préparés dans cette visée d’harmonie que nous regrettions jusque-là. L’effort est considérable et fait vraiment la part belle à cette branche de la littérature qu’est l’art de retranscrire un texte dans une autre langue. Personne, ni nous ni eux, ne garantit que chaque chose soit satisfaisante, qu’il n’existe pas des exceptions, que tout sera parfaitement logique et cohérent dans ses règles internes. Mais l’effort et le travail est là, il faut en saluer la volonté. Car vous l’aurez sans doute compris, les difficultés sont là, les enjeux et les justifications également. Si la critique peut nous sembler facile, ce n’est pas le cas ici. L’univers est vaste et riche, contrairement à beaucoup d’autres, le travail est nécessairement d’une autre mesure. La version originale est toujours là pour ceux qui peuvent et veulent se la permettre, les autres, tout comme pour le reste de la littérature, devront s’adapter aux choix de traductions avec le loisir de les discuter et l’espoir de voir le meilleur de chaque corps de métier, de l’auteur aux traducteurs en passant par l’éditeur, pour le meilleur confort possible afin de profiter de nos passions et de nos divertissements.

La couverture de Alliance Fatale

Aussi vaste que puisse être l’univers étendu, la langue française est confrontée à de nombreuses œuvres qui, si elles ne sont pas ignorées par nos diffuseurs et traduites, doivent passer à une adaptation locale. Les phrases anglaises deviennent alors lisibles dans notre langue maternelle, ou la langue de notre pays en fonction de notre situation. Et les termes spécifiques, eux aussi, ont besoin d’être adaptés, voire modifiés, pour être intelligible de tous. Ce processus est un long cheminement qui part de l’œuvre originale à la pièce finale sans que nous ayons forcément, nous les consommateurs, idée de toutes les complications et difficultés que cela soulève pour ceux dont c’est le métier de nous permettre une consommation en français.

Car la traduction et l’adaptation ne sont pas en usage que sur Star Wars, ni ne concernent même que les œuvres artistiques. Nous avons rappelé que la vie courante utilise les exonymies pour désigner dans notre langue des termes, des noms qui sont prononcés ou écrit dans une autre langue que la nôtre. Et si cela se fait dans la vraie vie, il semble alors logique que cela s’applique également dans le domaine de l’artistique et donc ce qui touche à notre petite saga adorée. Mais devant des termes comme Anchorhead, Millenium Falcon ou même Trandoshan, aucune règle en vigueur, aucune logique ne vint en aide aux traducteurs, puisque ces règles elles-mêmes ne sont pas systématiques dans l’usage courant. Avec plus ou moins de succès, des adaptations ont été proposées, quelques règles basiques ont été édifiées rapidement. Mais rien ne garantit une harmonie parfaite.

Pour nous offrir l’univers en français, les personnes à charge de l’adapter ont été confrontées à ces problèmes délicats touchant généralement les noms propres et ont opté pour diverses stratégies défendables, mais malheureusement non coordonnées. La première fut de poser une équivalence française du terme faisant foi, la seconde de traduire le terme au mieux, ce qui conduisit à plusieurs dérives, voyant des termes changer d’orthographe et de forme au gré des œuvres, corrigeant des défauts, ou en perdant en pertinence parfois. Une autre solution que nous avons évoquée, elle aussi avec ses qualités et ses défauts est de laisser les noms propres, concept et autres termes propres à Star Wars dans leur langue originale.

Quoi qu’il en est aujourd’hui, la traduction n’a jamais été un long fleuve tranquille et sera toujours perfectible. Cette question fait toujours débat chez les fans, entre les puristes de la VO et ceux préférant la VF, et même ceux ayant une sympathie pour Chiktaba ou l’Étoile Noire. Mais depuis quelque temps, l’initiative a été prise d’harmoniser aux mieux tous ces termes pour un meilleur confort de lecture par les efforts de certains qui met en avant cette spécificité du travail de traducteur, à savoir l’adaptation des termes, afin de prendre pour eux tous les problèmes évoqués ici pour eux et ne plus en faire souffrir le lecteur. La traduction gagne en rigueur, se fige davantage, gagnant en intérêt, mais en perdant une certaine richesse lexicale et arguments, volens nolens.

 

Sources Star Wars utilisées dans cet article

Roman :

  • Chevalier Errant
  • Complots
  • Force Rebelle 3 – Rénégat
  • L’Étoile Noire
  • La Guerre des Chasseurs de Primes
  • Les Nuits de Coruscant
  • Les Ombres de l’Empire
  • Republic Commando
  • True Color

Guides et autres beaux livres :

  • Aux Confins de l’Empire
  • L’Atlas
  • La Saga vu de France
  • Les Ombres de l’Empire (Bande dessinée)
  • L’Empire contre-attaque (illustrée)
  • Tout sur la Trilogie

Jeux vidéo :

  • Galactic Battleground
  • Le Pouvoir de la Force
  • The Old Republic et ses extensions

Et bien évidemment, les Épisode IV, V et VI




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