Star Wars VIII : Interview de Rian Johnson

News postée par le 19/11/2017 à 11h37 (lue 7 063 fois)
Message d'avertissement : cette actualité contient des spoilers.

Un spoiler est une information qui dévoile tout ou partie de l'intrigue, et qui pourrait vous gâcher le plaisir de la découverte.

Le Bristol, Paris. Cadre idyllique pour participer à cette interview un peu unique, il faut bien l’avouer, à laquelle le web français est invité. C'est accompagnée de Dark Mandalorien que je me rends à cette invitation. 15h15 tapantes, Rian Johnson et Ram Bergman arrivent, respectivement réalisateur (et scénariste) et producteur des Derniers Jedi dont la sortie est imminente.. Après cette mise en bouche de 35 minutes chrono, contenir mon impatience de découvrir ce nouveau volet m’est encore plus difficile.

On nous prévient : pas de questions sur la nouvelle trilogie à venir, ils ne peuvent rien dire ! Très bien. Au final, 18 questions ont été posées, toutes centrées sur le prochain film et sur le travail de Johnson et Bergman, leurs impressions, leurs souvenirs, leurs appréhensions. Johnson, souriant et très détendu, et Bergman, plus discret ont participé avec attention et humour. Des confessions, quelques révélations (un caméo !) et beaucoup d’émotion bien sûr en évoquant Carrie Fisher à qui Rian Johnson a rendu un joli hommage.

Sans plus attendre voici la vidéo. On est désolé, on bouge un peu au début mais on se cale très vite. C'est notre première !

Quelle est la première chose qui vous est passé par la tête, la toute première journée de tournage ?

Rian Johnson : Durant chaque journée de tournage il y avait des moments où je me disais que c’était fou, de faire ce que j’étais en train de faire… que ce soit en filmant C3-PO ou en étant sur le plateau des scènes du Faucon Millenium. Mais le tout premier jour, la chose la plus incroyable a été que pendant la majeure partie de la journée, c’était comme si « Star Wars » avait un peu disparu, comme si on travaillait sur un de nos autres films, essayant de nous coordonner avec les acteurs, faire fonctionner les scènes, faire fonctionner l’histoire. Il y avait des moments de « oh mon Dieu, je réalise un film de la saga Star Wars ! » mais la plupart du temps il s’agissait simplement de faire un film, comme on sait le faire.

Ram Bergman : On s’est regardé, et on s’est dit « Tu arrives à y croire ? Tu arrives à croire qu’on est sur ce tournage un peu fou, qu’on travaille avec ces magnifiques décors, entourés des meilleures équipes, des meilleurs designers, des meilleurs costumiers ? »

 

Rian Johnson, vous avez réalisé le film mais vous l’avez aussi écrit. Avez-vous eu une totale liberté ou vous a-t ‘on imposé une ligne directrice ?

RJ : On a eu beaucoup de liberté. On m’a donné le script du Réveil de la Force, j’ai pu assister à quelques jours de tournage, et ensuite il a fallu trouver ce qui allait se passer. Trouver ce qui devait arriver à ces personnages et comment faire une suite qui ait un sens. C’était selon moi la meilleure approche, très similaire à l’écriture de mes autres films.

 

Rian, vous avez demandé à JJ Abrams de changer un petit peu la fin qu’il avait initialement prévue pour le Réveil de la Force, comment ça s’est passé ?

RJ : Un tout petit peu en effet. A l’origine c’était BB-8 qui devait accompagner Rey sur l’île où elle retrouve Luke. Et j’ai réalisé, pour plusieurs raisons, qu’il serait mieux que R2D2 l’accompagne et que BB-8 reste en retrait. Je crois qu’il ne fallait modifier qu’un seul plan, celui où ils disent au revoir à Chewie et le Droïd dans le Faucon. Je lui ai demandé de modifier la scène, et il a accepté, il a été très compréhensif.

 

Mark Hamill a dit s’être beaucoup interrogé sur ce qui était arrivé à Luke pendant les 30 ans qui s’écoulent entre le Retour du Jedi et le Réveil de la Force et qu’il avait partagé ses idées avec vous Rian Johnson. Pouvez-vous nous en dire plus sur les idées qu’il a pu avoir et ce que vous en avez pensé ?

RJ : Mark a eu beaucoup d’idées (rires), et c’est génial. Je lui ai dit qu’on ne pourrait malheureusement pas tourner le film autour de ça, mais on a beaucoup parlé de ce qu’aurait pu être son aventure entre ces deux films. Je voulais qu’il prenne vraiment possession de son personnage, en particulier parce que j’ai réalisé combien ça pouvait être déstabilisant pour lui, qui a toujours été très attaché à son personnage, de recevoir le script et les ordres d’un jeune con (sic). J’avais bien conscience que ce serait difficile pour lui. En travaillant ensemble sur le rôle et en discutant de ce qui avait pu arriver pendant ces 30 années, je voulais faire tout mon possible pour qu’il s’empare de son rôle et l’aider à se ré-attacher à son personnage, à comprendre où il s’est retrouvé et comment il est arrivé là. Ça lui a permis de se créer l’histoire du chemin que Luke avait pu parcourir, et je pense que c’était la meilleure chose à faire.

 

Il parait que the last jedi sera le film le plus long de toute la saga. Est-ce que vous avez déjà une idée de la durée du film ? On parle de 2h30 ?

RJ : C’est effectivement le plus long, il dure 2h30 en comptant le générique. Pour nous c’était une évidence, le film était bon et il ne nous a pas paru long. Si nous avions voulu le raccourcir, nous aurions dû sacrifier certains personnages ou certaines aventures. Nous n’avons pas fait ce choix. Et nous espérons que, comme nous, vous ne verrez pas le temps passer !

 

Ram, vous connaissez Rian depuis longtemps, vous avez produit son tout premier film, Brick, est-ce que vous avez toujours su qu’il était la bonne personne pour réaliser un film de la saga Star Wars ?

RB : La décision de choisir Rian n’est pas venue de moi, mais j’ai toujours su que quoi qu’il fasse il le ferait de la meilleure manière possible. Rian est unique, parce qu’il écrit et réalise et il y a très peu de personnes capables de le faire ou qui le font déjà dans ce métier. C’est un atout, car ça lui permet de tout articuler comme il le souhaite, il sait où il va. Pour le studio et l’équipe de production c’était une évidence.

 

Comment travaillez-vous avec Steve Yedlin, directeur de la photographie du film ? Qu’apporte-t’il à l’Univers Star Wars ?

RJ : Je vous remercie d’évoquer Steve ! Nous sommes les meilleurs amis depuis nos 17 ans, nous nous sommes rencontrés à l’université, sur le tournage d’un film étudiant, donc nous travaillons ensemble depuis très longtemps. Avoir Steve avec moi dans cette aventure était très important pour moi. C’est aussi un cinéaste incroyable ! Nous avons pris l’Empire Contre-Attaque comme référence visuelle pour travailler la lumière, et nous avons remarqué les risques pris dans ce film quant à la lumière des images, à quel point certaines scènes pouvaient être sombres. Mais au final nous ne voulions pas juste copier le travail visuel d’un autre film de la saga, nous nous en sommes inspirés tout en essayant de trouver le bon équilibre.

 

La saga Star Wars fait beaucoup parler les gens, il y a énormément de theories sur internet. En avez-vous déjà entendu, et si oui, laquelle vous a semblé la plus dingue ?

RB : Ca fait très longtemps que je ne les lis plus ! (rires)

RJ : Je les lis toutes ! (rires) Une de mes préférées est sortie lorsque les fans essayaient de trouver qui est Snoke. Vous vous souvenez de cette scène dans l’Attaque des Clones, où Anakin et Padmé sont en train de dîner, et Anakin découpe une sorte de fruit. Quelqu’un a extrait la photo du fruit découpé et l’a mise à côté d’une photo de Snoke avec sa cicatrice et… « voilà ! C’est Snoke ! » Evidemment ça m’a beaucoup affecté du coup il a fallu tout refaire. (rires)

 

Vous venez de mentionner l’Attaque des Clones, quelle place tient la prélogie dans votre conception de Star Wars et la rédaction du script pour Les Derniers Jedi ?

RJ : Ils font partie de la saga bien sûr. Et c’est très intéressant d’observer la relation qu’on peut avoir avec la prélogie comparé à celle qu’on a avec la trilogie originale. Pour les gens de mon âge, qui ont grandi avec la trilogie originale, on s’en sent plus proche. Et c’est génial de voir de jeunes fans qui étaient enfants à la sortie de la prélogie et pour qui la prélogie a la même importance que la trilogie originale a pour moi. Mais ils font tous partie de la même saga, c’est un tout.

 

Réaliser un Star Wars ça doit être une aventure tous les jours ! On voit des choses différentes tous les jours avec les créatures, les décors, est-ce qu’il y a une journée de tournage qui vous a marqué plus qu’une autre ?

RJ : Je vais parler d’un jour qui n’était pas un jour de tournage, mais une journée de travail avec John Williams, pour enregistrer la musique d’ouverture du film. Et être là, à côté d’un orchestre d’une centaine de musiciens, avec John Williams aux commandes, aussi près de l’orchestre que je le suis de vous, et sentir cette musique transpercer vos os… c’était magnifique. Toute cette aventure de tournage a été remplie de moments magiques, mais celui-ci est vraiment au-dessus de tout.

 

Ram, sentez-vous une lourde responsabilité vis-à-vis des fans lorsque vous produisez un tel film ?

RB : Ma responsabilité était de faire le meilleur film. J’espère que les fans adhéreront. Rian voulait simplement faire le meilleur film. On ne peut pas contrôler ce que les fans vont penser, mais nous espérons vraiment qu’ils vont adhérer. Lorsqu’on fait un film, la seule chose à laquelle on pense vraiment est de faire le meilleur film possible.

 

Il n’y a pas seulement les fans, il y a aussi vous deux, comment vous vivez ça ? C’est assez stressant, il y a beaucoup de pression, quels sont vos ressentis par rapport à cette sortie où on va tous vous lyncher globalement à un moment donné ?

RJ : Le stress s’est fait sentir quand on a terminé le film. Pendant la conception on pouvait se cacher derrière notre travail, mais au moment où on a terminé, et réalisé que le compte à rebours avait désormais commencé, je me suis tout à coup senti nerveux. Mais je suis très fier du film, nous le sommes tous, et j’espère que les fans l’aimeront aussi. C’est inévitable d’être nerveux lorsqu’on révèle au monde quelque chose qui te tient à cœur. Et moi-même, étant fan de la saga depuis 40 ans, je sais ce que le public ressent vis-à-vis de Star Wars et je ne veux pas les décevoir.

 

Avez-vous reçu des conseils de la part de George Lucas? Avez-vous des conseils pour moi qui aimerait réaliser un film un jour ?

RJ : J’ai pu discuter avec Lucas au tout début du tournage. C’était une conversation très générale, il m’a témoigné son soutien mais ne s’est pas du tout impliqué dans la réalisation du film. J’ai choisi USC, l’école de cinéma où je suis allé, parce que j’avais lu des livres sur George Lucas, j’ai grandi en le considérant comme mon héros. Le seul conseil qui selon moi importe lorsqu’il s’agit de faire un film est « faites-le tout de suite ! » commencez cet après-midi, rassemblez vos amis, utilisez le téléphone avec lequel vous me prenez en photo là tout de suite et faites un film avec si c’est tout ce que vous avez ! Souvent lorsque des étudiants en cinéma ou des personnes qui débutent demandent des conseils, ils veulent savoir comment « entrer sur le marché » ce qui selon moi devrait être la dernières de vos préoccupations.

La seule chose à laquelle vous devez penser est de faire votre film, vous améliorer, développer ce qui vous tient à cœur et ce que vous voulez faire passer comme message. Si vous développez ça, si vous parvenez à montrer des choses même avec une petite caméra comme ça, des choses qui viennent de vous et sont intéressantes, les gens le verront, le remarqueront. C’est encore très rare aujourd’hui, de trouver quelqu’un qui possède une voix, qui soit capable de faire quelque chose qui retienne votre attention.

 

L’histoire que vous avez écrite pour ce film a-t’elle beaucoup changé entre la première version du script et le résultat final ? Avez-vous abandonné certaines idées de peur qu’elles ne plaisent pas aux fans ?

RJ : La trame de fond n’a pas beaucoup changé de la première version au résultat final, mais bien sûr comme pour toute histoire les détails et la façon de passer d’un point A à un point B changent constamment pendant le tournage et même jusqu’au dernier jour de post-production. Et je n’ai rien changé par peur que les fans n’aiment pas. Selon moi, chaque fan a sa propre liste de choses qu’il voudrait ou qu’il ne veut pas, et je sais que ce serait pareil pour moi si je n’avais pas fait ce film. Mais la seule chose que tous les fans veulent, c’est un bon film. Et le seul moyen que je connaisse pour y parvenir est de ne pas remettre en question ses choix créatifs mais se faire confiance. J’ai essayé de créer une sorte de bulle pour nous tous, où nous allons tous être heureux, en espérant que ça plaira à tout le monde.

 

On n’a pas encore parlé de Carrie Fisher. Malheureusement vous êtes la dernière personne à l’avoir filmée, pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette collaboration ? Et quitte à parler de légende, vous êtes un fan de la saga Star Wars, vous arrivez sur Star Wars au moment où Han Solo s’en va, est-ce que ce n’est un peu frustrant d’arriver sur la saga juste au moment où l’une des icônes la quitte ?

RJ : Carrie… (beaucoup d’émotion)

Je suis très triste… je n’ai eu l’occasion de la connaître que pendant la durée du tournage mais je suis très heureux d’avoir rencontré une telle personne. Et dans le film, elle nous a livré une magnifique performance ! J’espère que pour les fans qui sont encore en deuil, ayant perdu ce personnage mais aussi cette actrice, Carrie, que nous avons vue régulièrement pendant toutes ces années et avec qui nous avons tous tissé une sorte de relation, certaines scènes du film auront beaucoup d’impact, je l’espère vraiment.

Et ça aurait été vraiment amusant de travailler avec Harrison Ford, mais ça tombait plutôt bien pour moi qui, quand j’étais enfant, m’identifiais plus à Luke Skywalker. Han Solo était le mec « super cool », ce que je n’étais pas. J’étais plus comme ce garçon de ferme un peu innocent, qui voulait vivre une aventure mais ne savait pas comment. J’étais vraiment ravi à l’idée de faire ce film avec Mark, donc je n’ai pas de regret.

 

Il y a eu des créatures qui ont beaucoup déplu aux fans, notamment Jar Jar Binks et les Ewoks, craignez-vous que ce soit le cas des Porgs, la nouvelle “créature mignonne”?

RB : Je ne m’en suis pas soucié une seule seconde ! La première fois qu’on a montré les Porgs à tout le monde, ils ont tous dit que ça ferait un carton ! Tout le monde les a trouvés très mignons, les gamins en voulaient plusieurs autour de leurs lits. On est confiants !

 

Dans le Réveil de la Force, Daniel Craig jouait un Stormtrooper, et il parait que dans Les Derniers Jedi les princes William et Harry vont aussi jouer des Stormtroopers. Qui a eu cette idée, comment ça s’est passé et est-ce qu’on peut s’attendre à d’autres caméos dans le film ?

RJ : Je ne peux rien confirmer pour Harry et William (rires). Mais tout le monde veut toujours être un Stormtrooper, jusqu’à ce qu’ils essaient le costume et réalisent que c’est un instrument de torture médiéval. Cependant, je peux vous révéler un caméo que nous avons pu avoir, celui de Gareth Edwards (realisateur de Rogue One ndlr). Ram et moi avons joué un caméo dans la chambre de tir de l’Etoile de la Mort, dans Rogue One, ce qui était parfait parce qu’on savait qu’il ne pourrait pas nous couper au montage, puisque la seule chose qu’il faille faire dans ce film c’est détruire l’Etoile de la Mort. Du coup le caméo de Gareth a lui aussi été gardé au montage (rires)

 

Qu’est-ce que vous pensez apporter de vos précédents films ainsi que vos expériences sur Breaking Bad, ce film ?

RJ : Chaque film que l’on fait nous apprend énormément de choses. A propos de Breaking Bad (Rian Johnson a réalisé 3 épisodes de la série, S3E10 / S5E04 / S5E14 ndlr), ce que j’ai appris de plus important grâce à cette expérience est venu du fait que je pensais ne rien pouvoir apprendre aux acteurs, je me disais qu’ils connaissaient déjà bien leurs personnages. Bryan Cranston connait Walter White mieux que je n’aurais pu le dire. Mais j’avais tort de croire cela. En réalité, si les acteurs connaissaient effectivement bien leurs personnages jusqu’à mon arrivée, ils ne savaient pas ce qui les attendait.

Et c’est directement applicable à mon expérience sur Star Wars. On parle de personnages qui ont été créés dans Le Réveil de la Force, ou dans les précédents films, et c’était à moi de les guider vers de nouveaux lieux, dans de nouvelles directions, une nouvelle histoire. J’ai beaucoup appris de cela.

(Photo réalisée par Rian Johnson)

Les Derniers Jedi, réalisé par Rian Johnson (Brick, Looper) se trouve actuellement en phase de post-production et est prévu pour sortir en France le 13 décembre 2017.

Source(s) : Conférence de presse

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